{"id":5621,"date":"2017-05-05T15:41:49","date_gmt":"2017-05-05T13:41:49","guid":{"rendered":"http:\/\/www.paris-louxor.fr\/?p=5621"},"modified":"2017-05-05T15:41:49","modified_gmt":"2017-05-05T13:41:49","slug":"tati-et-barbes-difference-et-egalite-a-tous-les-etages","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/paris-louxor.fr\/index.php\/quartier-louxor\/tati-et-barbes-difference-et-egalite-a-tous-les-etages","title":{"rendered":"TATI. ICI, C&rsquo;EST BARB\u00c8S"},"content":{"rendered":"<p dir=\"ltr\"><a href=\"https:\/\/paris-louxor.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/DSCF4161.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-5635\" src=\"https:\/\/paris-louxor.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/DSCF4161.jpg\" alt=\"\" width=\"640\" height=\"480\" srcset=\"https:\/\/paris-louxor.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/DSCF4161.jpg 640w, https:\/\/paris-louxor.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/DSCF4161-300x225.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/a><\/p>\n<p dir=\"ltr\">\n<p dir=\"ltr\">\n<p dir=\"ltr\">\n<p dir=\"ltr\">\n<p dir=\"ltr\">\n<p dir=\"ltr\">\n<p dir=\"ltr\">\n<p dir=\"ltr\">\n<p dir=\"ltr\">\n<p dir=\"ltr\">\n<p dir=\"ltr\">\n<p dir=\"ltr\">\n<p dir=\"ltr\">\n<p dir=\"ltr\">\n<p dir=\"ltr\">\n<p>Jeudi 4 mai 2017, devant le magasin Tati de Barb\u00e8s. Alors que les salari\u00e9s de Tati se mobilisent pour sauvegarder leurs emplois suite \u00e0 la mise en redressement judiciaire de la marque, nous publions un texte de l&rsquo;anthropologue Emmanuelle Lallement sur les liens entretenus entre l&#8217;embl\u00e9matique enseigne de Barb\u00e8s et son quartier.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\" dir=\"ltr\"><strong>TATI ET BARB\u00c8S : DIFF\u00c9RENCE ET \u00c9GALIT\u00c9 \u00c0 TOUS LES \u00c9TAGES<\/strong><\/p>\n<p dir=\"ltr\">\u00ab <em>Quel est le \u201cmonument\u201d de la capitale le plus visit\u00e9 ? La tour Eiffel, le Louvre, l\u2019Arc de triomphe ? Non, vous n\u2019y \u00eates pas. L\u2019institution parisienne qui a fait se d\u00e9placer trente-cinq millions de visiteurs l\u2019an dernier s\u2019appelle Tati, la grande surface de la fringue \u00e0 quatre sous <\/em>\u00bb, titrait <em>Le Figaro<\/em> en 1987. Si tout le monde conna\u00eet, depuis plus de cinquante ans, les magasins Tati, ce n\u2019est pas simplement parce qu\u2019ils vendent \u00e0 bas prix des produits de consommation courante. C\u2019est aussi parce que \u00ab Tati, c\u2019est le c\u0153ur d\u2019un quartier \u00e0 l\u2019ambiance tropicale que Jules Ouaki a transform\u00e9. Barb\u00e8s, sans les magasins Tati, ne serait plus Barb\u00e8s \u00bb [<em>L\u2019Express<\/em>, 27\/09\/1980]. Les gestionnaires de l\u2019enseigne l\u2019ont bien compris en adoptant le slogan \u00ab La rue est \u00e0 nous \u00bb, une mani\u00e8re de r\u00e9affirmer les liens entre les magasins et leur environnement urbain. Aujourd\u2019hui, Tati traverse une crise. Si la cha\u00eene s\u2019est tourn\u00e9e pour un temps, avec l\u2019aide de cr\u00e9ateurs comme Azzedine Ala\u00efa, vers une cible jeune et branch\u00e9e, elle est aujourd\u2019hui confront\u00e9e \u00e0 la concurrence d\u2019autres marques de v\u00eatements bon march\u00e9. Des magasins ferment, remplac\u00e9s par des enseignes de franchise internationales, Courir place de la R\u00e9publique, Zara rue de Rennes, peut-\u00eatre Gap ou H&amp;M ailleurs. Mais comment imaginer le quartier Barb\u00e8s sans Tati ? C\u2019est \u00e0 partir de ce cas que j\u2019\u00e9tudie les liens qui unissent un espace marchand et un espace urbain. Et si je me propose de montrer comment Tati \u00ab a fait \u00bb Barb\u00e8s tel qu\u2019on le conna\u00eet aujourd\u2019hui, je fais \u00e9galement l\u2019hypoth\u00e8se que le type de relations sociales qu\u2019engendre Tati d\u00e9passe les murs de ces boutiques et se retrouve plus largement dans Barb\u00e8s. En quoi la sociabilit\u00e9 des magasins Tati est \u00e0 la fois l\u2019effet et la cause d\u2019une urbanit\u00e9 sp\u00e9cifique dans cet espace d\u00e9sign\u00e9 sous l\u2019appellation \u00ab Barb\u00e8s \u00bb ? Dans la perspective mise en \u0153uvre par Mich\u00e8le de La Pradelle [1996, 2002], je reprends l\u2019id\u00e9e que les relations marchandes engendrent des champs de rapports sociaux sp\u00e9cifiques qu\u2019il s\u2019agit de d\u00e9crire [Bazin, 1996] et je me propose de la mettre \u00e0 l\u2019\u00e9preuve dans l\u2019examen de ce coin du 18e [1] \u2026<\/p>\n<p><strong>Un espace marchand et un quartier<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab La rue est \u00e0 nous \u00bb, c\u2019est ce qui s\u2019offre \u00e0 la vue d\u00e8s qu\u2019on approche du boulevard Rochechouart, en sortant du m\u00e9tro a\u00e9rien, d\u2019o\u00f9 l\u2019on voit d\u00e9j\u00e0 le spectacle du commerce. En effet, autour des magasins Tati qui jalonnent ce boulevard, sur les trottoirs exposant des marchandises de toutes sortes \u2013 de la serviette de bain aux collants, de la casserole en inox au calendrier d\u00e9cor\u00e9 \u2013, c\u2019est le r\u00e8gne du \u00ab commerce de la rue \u00bb. Dans un d\u00e9sordre apparent, ballet de bacs \u00e0 roulettes bleu et rose, savamment dispos\u00e9s les uns contre les autres, vendeurs et clients de Tati vont et viennent, sans se soucier du trafic automobile pourtant dense sur cet axe de circulation. Les clients sont attentivement surveill\u00e9s par les vigiles qui semblent contenir la foule et d\u00e9limiter le territoire. \u00c0 croire que l\u2019espace marchand d\u00e9borde sur la ville elle-m\u00eame. Les num\u00e9ros des diff\u00e9rentes enseignes au logo Tati (\u00ab au 8, vous avez la lingerie, au 12 c\u2019est les bijoux, jusqu\u2019au bout vous en avez \u00bb, explique une vendeuse du \u00ab 10, espace homme \u00bb) font office de num\u00e9ros de rue. La rue Belhomme s\u00e9parant le magasin femme du magasin homme semble avoir perdu son statut de rue : les voitures ne s\u2019y aventurent gu\u00e8re au milieu des livraisons incessantes de marchandises, des all\u00e9es et venues de vendeurs et des clients qui, le nez au vent, circulent d\u2019un bord \u00e0 l\u2019autre, comme s\u2019ils \u00ab faisaient \u00bb les vitrines d\u2019un centre commercial ou fl\u00e2naient dans les all\u00e9es d\u2019un march\u00e9. La rue Belhomme semble davantage appartenir aux magasins Tati qu\u2019aux quelques immeubles d\u2019habitation (rares parmi ceux occup\u00e9s par les bureaux ou la cantine du personnel de l\u2019enseigne) ou qu\u2019au \u00ab caf\u00e9 de monsieur Luis \u00bb, certes bistrot parisien, mais surtout extension de Tati, pour employ\u00e9s et clients. Cet univers, compos\u00e9 d\u2019une succession de magasins et de stands ext\u00e9rieurs voyant d\u00e9filer toute la semaine une foule d\u2019individus de toutes sortes, parisiens et touristes, fran\u00e7ais et \u00e9trangers, habitants du quartier et ext\u00e9rieurs, consommateurs et fl\u00e2neurs \u2013 et ceci dans un espace urbain caract\u00e9ris\u00e9 par la densit\u00e9 commerciale et par la pr\u00e9sence de boulevards de circulation souvent embouteill\u00e9s \u2013, semblerait avoir quelques caract\u00e9ristiques communes avec d\u2019autres espaces parisiens : le boulevard Haussmann, par exemple, aux abords des \u00ab grands magasins \u00bb. Pourtant, il ne viendrait \u00e0 l\u2019id\u00e9e de personne de comparer le Printemps avec Tati, encore moins peut- \u00eatre le quartier des grands magasins avec Barb\u00e8s.<\/p>\n<p><strong>Un grand axe typiquement parisien : commerces sp\u00e9cialis\u00e9s et magasins populaires<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab \u00c7a, pour \u00e7a, \u00e7a a toujours \u00e9t\u00e9 commer\u00e7ant Barb\u00e8s \u00bb, lance Mme Le Marec \u00e0 l\u2019instar de beaucoup d\u2019autres habitants anciens du boulevard ou des rues avoisinantes, avant d\u2019ajouter : \u00ab Mais c\u2019est vrai que c\u2019est plus pareil, y\u2019a pas \u00e0 dire. \u00bb Depuis son deux-pi\u00e8ces situ\u00e9 au sixi\u00e8me \u00e9tage d\u2019un immeuble haussmannien \u2013 \u00ab mais du c\u00f4t\u00e9 des chambres de bonnes, avec l\u2019escalier de service et non l\u2019ascenseur \u00bb \u2013 qu\u2019elle habite depuis pr\u00e8s de quarante ans, cette femme dit avoir suivi toute l\u2019\u00e9volution commerciale du quartier : \u00ab J\u2019ai tout connu ici, les bars et les cabarets, les artisans et les petits commer\u00e7ants, le march\u00e9 Saint-Pierre, l\u2019ouverture de Tati et puis maintenant tous les bazars et les trucs \u00e9trangers. Maintenant, moi je vais rue Ordener pour trouver un vrai steak et un fromage. \u00bb La Goutte d\u2019Or comme le boulevard Barb\u00e8s, la rue de Clignancourt comme la rue Poulet ont connu jusque dans les ann\u00e9es quarante une activit\u00e9 commerciale dense et \u00ab traditionnelle \u00bb. Comme partout dans Paris, les commerces se concentraient sur les grands axes de circulation, du centre vers les portes de la capitale. On y trouvait les deux grandes cat\u00e9gories d\u2019activit\u00e9s : d\u2019un c\u00f4t\u00e9, la vente sp\u00e9cialis\u00e9e d\u2019articles tels que la graineterie, la poissonnerie, l\u2019ameublement, l\u2019habillement ou bien encore les combustibles ; de l\u2019autre, la vente de produits diversifi\u00e9s, souvent adjointe \u00e0 une activit\u00e9 principale. L\u2019\u00e9picerie, l\u2019habillement, le textile, la bonneterie et mercerie et les magasins dits populaires y pr\u00e9dominaient [2]\u00a0. Le premier grand magasin, les Galeries Dufayel, fond\u00e9 par un certain M. Crespin en 1856, reste dans les m\u00e9moires pour avoir donn\u00e9 au quartier Barb\u00e8s son atmosph\u00e8re de grande braderie permanente. Les Galeries Dufayel, aujourd\u2019hui disparues, ont constitu\u00e9 ce premier \u00ab temple de la consommation \u00bb dans lequel, de la batterie de casseroles au mobilier, les m\u00e9nages ouvriers pouvaient, \u00e0 cr\u00e9dit, acqu\u00e9rir toutes sortes de biens de consommation courante. \u00ab Du palais de la rue de Clignancourt, une arm\u00e9e d\u2019encaisseurs, registre sous le bras et encrier suspendu au gilet, s\u2019\u00e9lan\u00e7ait chaque matin \u00e0 travers la ville pour encaisser les \u00e9ch\u00e9ances hebdomadaires. Au fa\u00eete de sa gloire, Dufayel, arriv\u00e9 \u00e0 Paris en sabots, pouvait lancer \u00e0 son conseil d\u2019administration : \u201cMoi, Messieurs, je ne travaille qu\u2019avec les pauvres. Vous ne pouvez pas imaginer ce qu\u2019il y a d\u2019argent chez ces bougres-l\u00e0 !\u201d \u00bb [Groetschel, 1995 : 25]. Tati est-il une sorte d\u2019h\u00e9ritier des Galeries Dufayel ? Si le fondateur, Jules Ouaki, n\u2019y a jamais ouvertement fait r\u00e9f\u00e9rence, lui aussi disait, \u00e0 sa mani\u00e8re, que les \u00ab pauvres \u00bb \u00e9taient sa client\u00e8le favorite, en affirmant dans la presse : \u00ab Faites venir \u00e0 moi les voleurs ! \u00bb Mais le d\u00e9veloppement de Tati s\u2019est fait dans un tout autre contexte historique.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/paris-louxor.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/DSCF0542.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-5641 alignleft\" src=\"https:\/\/paris-louxor.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/DSCF0542.jpg\" alt=\"\" width=\"640\" height=\"480\" srcset=\"https:\/\/paris-louxor.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/DSCF0542.jpg 640w, https:\/\/paris-louxor.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/DSCF0542-300x225.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/a>Tati vu du Louxor<\/p>\n<p><strong>Histoire et l\u00e9gende de Tati<\/strong><\/p>\n<p>Arriv\u00e9 de La Goulette \u00e0 Tunis, Jules Ouaki a ouvert son premier magasin en 1949, 50 m2 boulevard Rochechouart, constatant que ce coin de Paris, certes populaire et mis\u00e9reux, repr\u00e9sentait un lieu d\u2019appel. \u00ab Je voyais que huit personnes sur dix descendaient \u00e0 Anvers et deux \u00e0 Barb\u00e8s, je me suis dit, il faut trouver un moyen de les faire d\u00e9vier. Au d\u00e9but, les gens allaient \u00e0 la Halle Saint-Pierre et venaient faire un tour chez Tati, maintenant, huit personnes sur dix descendent \u00e0 la station Barb\u00e8s. \u00bb [3]<strong> <\/strong>La famille Ouaki elle-m\u00eame est \u00e0 l\u2019origine de la l\u00e9gende, rappelant volontiers que le nom \u00ab Tati \u00bb vient du pr\u00e9nom de la grand-m\u00e8re, Tita, et ne manquant jamais une occasion de retracer la saga familiale : \u00ab 1948. Apr\u00e8s des ann\u00e9es de privation, la population fran\u00e7aise se presse aux portes des magasins. Mais tout achat repr\u00e9sente encore un effort et elle h\u00e9site \u00e0 franchir le seuil. A\u00een\u00e9 d\u2019une famille de neuf enfants, Jules Ouaki comprend parfaitement ces h\u00e9sitations et invente le premier libre-service textile. D\u00e8s le d\u00e9but, les affaires sont prometteuses [&#8230;] dans ses petites boutiques, machines \u00e0 casser les prix qu\u2019il est en train d\u2019inventer \u00e0 coup de g\u00e9nial bon sens. \u00bb [4]\u00a0Mais la presse a \u00e9galement largement particip\u00e9 \u00e0 la construction de cette histoire, mettant l\u2019accent sur les origines de Jules Ouaki : \u00ab Enfant de La Goulette, banlieue pauvre de Tunis, fils d\u2019artisan bourrelier, Jules Ouaki ouvre son premier magasin \u00e0 Barb\u00e8s&#8230; Vingt-cinq ans plus tard les 60 m2 de Barb\u00e8s seront multipli\u00e9s par 100. Du boulevard de Rochechouart \u00e0 la place Clichy, il a colonis\u00e9 ce quartier en rachetant les uns apr\u00e8s les autres bars louches et h\u00f4tels de passe&#8230; \u00bb [<em>La voix d\u2019Afrique<\/em>, 10\/1991]. Et, en septembre 1980, <em>L\u2019Express<\/em> titrait \u00ab Le prince de Rochechouart \u00bb un article qui le d\u00e9crivait \u00ab comme une sorte de chef coutumier, r\u00e9gnant sur un v\u00e9ritable territoire \u00bb. \u00ab Lorsqu\u2019en 1948, Jules Ouaki s\u2019avisa d\u2019acheter des articles de lingerie en lots, de les regrouper en trousseaux et de les solder, qui aurait donn\u00e9 cher de sa peau de petit (1,68 m) d\u00e9brouillard tragi-comique ? En ce temps-l\u00e0, le quartier de Barb\u00e8s \u00e9tait encore Montmartre. Le monde \u00e9tait divis\u00e9 en \u201ccaves\u201d et en \u201caffranchis\u201d (l\u2019argot de la p\u00e8gre au tournant de l\u2019ann\u00e9e 1945) \u00bb [<em>Le Monde<\/em>, 21\/03\/ 1992]. Jules Ouaki aurait, selon la l\u00e9gende, \u00ab assaini \u00bb le quartier, recevant de l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais la m\u00e9daille de l\u2019Ordre du M\u00e9rite pour avoir d\u00e9barrass\u00e9 le boulevard de ses h\u00f4tels de passe et de ses tripots. Depuis la mort du fondateur, \u00c9l\u00e9onore, sa femme, est pr\u00e9sent\u00e9e sous les traits de la \u00ab gardienne du temple \u00bb:\u00ab Du patriarcat, on est pass\u00e9 au matriarcat \u00bb, entend-on d\u2019elle dans la presse [<em>Le Monde<\/em>, 20\/12\/1995].<\/p>\n<p>L\u2019association Tati-Barb\u00e8s est certes explicable par des \u00e9l\u00e9ments objectivables [5], tels l\u2019histoire de l\u2019implantation de cette famille en France, sa sp\u00e9cificit\u00e9 culturelle, son r\u00f4le dans la France de l\u2019apr\u00e8s-guerre, dans l\u2019essor du commerce \u00e0 destination de la client\u00e8le populaire et d\u2019origine immigr\u00e9e. Mais la l\u00e9gende, \u00e0 la fois r\u00e9cit familial et r\u00e9cit m\u00e9diatique, qui a longtemps fait office de success story, a contribu\u00e9 au lien symbolique entre le commerce et le quartier. Par la pr\u00e9sence de Tati, Barb\u00e8s appara\u00eet presque aujourd\u2019hui comme un nom de marque, connotant un certain type de commerce et d\u2019atmosph\u00e8re urbaine, qui n\u2019est pas un monde de l\u2019entre-soi. \u00c0 la client\u00e8le traditionnellement populaire (qui certes \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente depuis Dufayel, Dreyfus et Moline du march\u00e9 aux tissus Saint-Pierre) s\u2019est jointe au fil des ann\u00e9es une population d\u2019origine immigr\u00e9e, ensuite aussi une client\u00e8le plus \u00ab branch\u00e9e \u00bb, jeunes urbains attir\u00e9s par le c\u00f4t\u00e9 d\u00e9cal\u00e9 de la marque. La famille Ouaki a ainsi con\u00e7u un dispositif commercial \u00e0 destination d\u2019une client\u00e8le la plus large possible et ceci en jouant sur la logique de l\u2019ouvert, de l\u2019abondance, de l\u2019accumulation et du bas prix.<\/p>\n<p><strong>\u00ab On a aboli la vitrine \u00bb <\/strong><\/p>\n<p>\u00ab \u201cAux magasins Tati, tout valse\u201d ! Les vitrines d\u2019abord&#8230; Les comptoirs se r\u00e9pandent sur le trottoir et il suffit d\u2019un pas de c\u00f4t\u00e9 pour plonger jusqu\u2019au cou dans des bacs aux \u00e9tiquettes minimalistes, \u201cle pull\u201d, \u201cla culotte\u201d, au-dessus desquels semblent flotter comme des anges auxquels on ne demande pas leur sexe, les corps roses de mannequins en cellulo\u00efd \u00bb [Catalogue 50 \u00d7 50, op. cit.]. C\u2019est bien cette id\u00e9e de magasins aux larges portes grandes ouvertes qu\u2019a eue Jules Ouaki dans les ann\u00e9es cinquante, alors que la population fran\u00e7aise \u00e9tait encore habitu\u00e9e au mod\u00e8le de la petite boutique et de son seuil \u00e0 franchir [Coquery, 2000]. Dans les magasins Tati, les vitrines sont remplac\u00e9es par des \u00e9tals dispos\u00e9s sur le trottoir, comme sur un march\u00e9, dans lesquels les clients peuvent fouiller \u00e0 volont\u00e9, sans souci de bouleverser un quelconque ordre.<\/p>\n<p><strong>\u00ab Ici, on casse les prix \u00bb <\/strong><\/p>\n<p>\u00ab Apr\u00e8s les vitrines, on fait sauter les prix. Jules veut du bonheur pour tous, vite, et leur vend au plus bas prix, \u201cune relation gagnant-gagnant\u201d \u00bb, souligne aujourd\u2019hui le fils Fabien, PDG. Le \u00ab syst\u00e8me Tati \u00bb a pu pendant de nombreuses ann\u00e9es offrir \u00ab les plus bas prix \u00bb gr\u00e2ce \u00e0 des marges r\u00e9duites sur certains articles mais r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es sur d\u2019autres. \u00ab Si j\u2019ach\u00e8te un stock de soutiens-gorge \u00e0 1,90 la pi\u00e8ce et que je le revends \u00e0 6,90, je r\u00e9cup\u00e8re la marge que je n\u2019ai pas faite sur des articles plus chers mais que je vends quand m\u00eame au plus bas prix \u00bb, explique le PDG. Ces \u00ab produits d\u2019appel \u00bb ont longtemps eu leur vedette : le collant \u00e0 2,90 francs, dont le prix est rest\u00e9 inchang\u00e9 des ann\u00e9es durant. Vendre des produits \u00e0 des prix si serr\u00e9s tenait \u00e0 une relation marchande qui, en amont, liait les acheteurs de la maison \u00e0 des fournisseurs heureux de liquider leur stock et assur\u00e9s d\u2019\u00eatre pay\u00e9s au comptant. C\u2019est cette force d\u2019achat \u00e9rig\u00e9e en \u00ab philosophie maison \u00bb qui permettait de vendre peu cher et, par cons\u00e9quent, d\u2019assurer une rotation rapide de la marchandise. \u00ab Si on voit qu\u2019un produit ne fonctionne pas, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019on ne vend pas une centaine de pi\u00e8ces dans la journ\u00e9e, on casse encore plus le prix, et si \u00e7a ne marche pas encore, on remballe \u00bb, explique une vendeuse. C\u2019est qu\u2019ici, \u00ab on fonctionne par coup \u00bb.<\/p>\n<blockquote class=\"twitter-tweet\">\n<p dir=\"ltr\" lang=\"fr\">Tati affiche la ligne 2 en fa\u00e7ade, m\u00e9tro, Louxor, Moulin Rouge, Stalingrad <a href=\"https:\/\/twitter.com\/hashtag\/Paris18?src=hash\">#Paris18<\/a> <a href=\"https:\/\/t.co\/Fkb796qG2j\">pic.twitter.com\/Fkb796qG2j<\/a><\/p>\n<p>\u2014 PARIS-LOUXOR (@parislouxor) <a href=\"https:\/\/twitter.com\/parislouxor\/status\/734453748555239424\">22 mai 2016<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p><script src=\"\/\/platform.twitter.com\/widgets.js\"><\/script><\/p>\n<p><strong>\u00ab Tous sous la m\u00eame enseigne \u00bb <\/strong><\/p>\n<p>Depuis le boulevard Barb\u00e8s jusqu\u2019\u00e0 la rue Belhomme, les magasins Tati forment un ensemble, sur deux niveaux, de surfaces clairement d\u00e9limit\u00e9es entre lesquelles les clients sont invit\u00e9s \u00e0 circuler librement. Le rez-de-chauss\u00e9e compte une succession d\u2019espaces d\u00e9sign\u00e9s par de larges panneaux : \u00ab confection femme \u00bb, \u00ab v\u00eatement enfant \u00bb, \u00ab hygi\u00e8ne \u00bb, \u00ab lingerie \u00bb, \u00ab maison \u00bb et \u00ab confection homme \u00bb. Chacun est am\u00e9nag\u00e9 au gr\u00e9 des emplacements des bacs amovibles qui tracent les all\u00e9es parcourues par la client\u00e8le. Suspendues au plafond, des pancartes renseignent sur l\u2019organisation des rayonnages. Ici, les pantalons, l\u00e0 les jupes, plus loin les chemisiers, etc. Les clientes butinent d\u2019un bac \u00e0 l\u2019autre, dans une relative promiscuit\u00e9 qui favorise quelques \u00e9changes de propos. \u00ab \u00c7a vaut pas vraiment le coup aujourd\u2019hui. Il vaut mieux revenir la semaine prochaine. \u00bb \u00ab Oh oui, vous avez raison. Y\u2019a plus toutes les tailles. \u00bb Dans les rayons, des hommes et des femmes, de tous \u00e2ges et d\u2019origines diff\u00e9rentes, d\u00e9ambulent \u00e0 la recherche d\u2019une bonne affaire \u00e0 saisir. Au premier \u00e9tage, rayon \u00ab mode femme \u00bb, les all\u00e9es sont plus clairsem\u00e9es. L\u00e0 encore, les clientes n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 fouiller, certaines \u00e9tirant la dentelle des soutiens-gorge pour en tester la r\u00e9sistance. On se bouscule, on n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 jouer des coudes pour trouver la bonne taille, pour sortir du bac ce qui a suscit\u00e9 tant d\u2019\u00e9nergie. Les articles mis en vrac dans les bacs et pr\u00e9sent\u00e9s sur des mannequins aux formes g\u00e9n\u00e9reuses mettent en sc\u00e8ne un temps hors saison et s\u2019adressent \u00e0 tous types de client\u00e8le. Des hommes, originaires d\u2019Afrique subsaharienne ou du Maghreb, occup\u00e9s \u00e0 acheter une grande quantit\u00e9 de collants ou de lingerie ou des touristes russes choisissant des combinaisons en satin, semblent tous avoir leur place au milieu des femmes, certaines en boubou, d\u2019autres en tailleur, elles aussi affair\u00e9es. Ici, on satisfait ensemble, r\u00e9unis sous une m\u00eame enseigne, des besoins qui, finalement, sont bien identiques, tout du moins \u00e9quivalents, \u00e0 ceux des autres. De la lingerie \u00e0 la vaisselle, les deux espaces sont contigus. Des lots de bols, des po\u00eales, petites, grandes, \u00e0 cr\u00eapes, des plats \u00e0 four s\u2019exposent dans cet espace o\u00f9 chacun pr\u00eate une attention redoubl\u00e9e. Les promotions sur les nouveaux arrivages sont s\u00e9duisantes. On entend au haut-parleur : \u00ab Chez Tati, on peut laisser parler ses envies. \u00bb Ici, les envies seraient communes : vaisselle et couverts identiques pour tous, \u00e0 petits prix, acquis \u00e0 la m\u00eame enseigne. Reste \u00e0 savoir ce qui se passe concr\u00e8tement entre les gens dans ces commerces. Car s\u2019interroger sur les magasins Tati, c\u2019est aussi s\u2019interroger sur les logiques sociales \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans les diff\u00e9rentes boutiques, entre les bacs de collants et les rayons d\u2019ustensiles m\u00e9nagers, entre les cabines d\u2019essayage de la boutique de robes de mari\u00e9e et les vitrines de Tati-Or.<\/p>\n<p><strong>Tati-Mariage : la mari\u00e9e est toujours en blanc<\/strong><\/p>\n<p>Pr\u00e9sentant sa large vitrine et ses portes vitr\u00e9es grandes ouvertes sur la rue Belhomme, la boutique TatiMariage, inaugur\u00e9e en 1995, est une des derni\u00e8res-n\u00e9es dans le secteur. Le pari consistant \u00e0 \u00ab vendre du mariage \u00bb \u00e0 bas prix pouvait para\u00eetre os\u00e9. A priori, il brisait un tabou imposant que la pr\u00e9paration de cet \u00e9v\u00e9nement marquant d\u2019une vie de famille interdise de consommer \u00ab \u00e0 l\u2019\u00e9conomie \u00bb. Mais l\u2019exp\u00e9rience commerciale fut concluante pour l\u2019entreprise Tati qui est, avec ses trente mille robes de mari\u00e9e vendues par an, l\u2019un des plus gros vendeurs en France. Sur une surface de trois cents m\u00e8tres carr\u00e9s, cet espace reprend les codes qui ont fait la renomm\u00e9e de la marque : profusion, abondance, bas prix. Ici la robe de mari\u00e9e comme les accessoires qui l\u2019accompagnent n\u2019ont rien des objets uniques et \u00ab sacr\u00e9s \u00bb des boutiques de mariage plus traditionnelles. Pass\u00e9 les \u00e9talages de chapeaux, n\u0153uds papillons, pochettes, gants de satin, voilettes, les clients se voient proposer de multiples accessoires li\u00e9s \u00e0 diff\u00e9rentes c\u00e9l\u00e9brations : faire-part de bapt\u00eame, menus de mariage, cotillons, fleurs artificielles, \u00e9crins pour les alliances, drag\u00e9es, etc. Plus des aubes et des croix en bois pour les futurs communiants ou encore des tenues compl\u00e8tes pour gar\u00e7ons et filles d\u2019honneur. Ici, tout est marchandise et pr\u00e9sent\u00e9 en tant que tel : sur des rayons, dans des bo\u00eetes, \u00e9tiquet\u00e9, faisant m\u00eame r\u00e9guli\u00e8rement l\u2019objet de promotions. Si un espace est consacr\u00e9 aux costumes des hommes, ce sont les robes de mari\u00e9e qui sont au centre du dispositif. La collection, renouvel\u00e9e chaque ann\u00e9e, comprend une cinquantaine de mod\u00e8les fabriqu\u00e9s pour certains en Chine, pour d\u2019autres dans des ateliers situ\u00e9s, selon une responsable des achats, \u00ab \u00e0 dix minutes d\u2019ici \u00bb. Les magasins Tati rach\u00e8tent aussi par lots, \u00ab au dixi\u00e8me de leur prix de revient \u00bb, des invendus de marques c\u00e9l\u00e8bres. Toutes expos\u00e9es sous plastique, les robes sont class\u00e9es par taille, et les prix oscillent entre 129 et 299 euros. Les couleurs, les coupes et les mati\u00e8res sont facilement identifiables : du blanc et de l\u2019ivoire, du long et du court, de la dentelle et de la soie. Aucune robe ne sort du lot, toutes sont \u00e9quivalentes, uniformis\u00e9es par leur pr\u00e9sentation et leur prix. La plupart des futures mari\u00e9es font leur choix en fonction du type de mariage [Raulin, 1997], de leur go\u00fbt, de leur morphologie, mais \u00e9galement des avis des spectateurs. Car \u00e0 proximit\u00e9 de l\u2019exposition de robes, le vestiaire r\u00e9serv\u00e9 aux essayages est en bonne place dans la boutique. Ce salon s\u2019offre ainsi au regard comme une sc\u00e8ne. Les futures mari\u00e9es, Africaines, Maghr\u00e9bines, Asiatiques ou issues d\u2019une de ces migrations, Fran\u00e7aises, accompagn\u00e9es chacune d\u2019une vendeuse, rev\u00eatent dans les cabines individuelles, ferm\u00e9es d\u2019un rideau de chintz, la ou les robes pr\u00e9s\u00e9lectionn\u00e9es. Elles ressortent et marchent sur la moquette rose pour se voir dans un large miroir et pour \u00eatre admir\u00e9es par leur famille. Mais, en situation de spectateurs, tous les autres clients et accompagnateurs sont l\u00e0. Les vendeuses s\u2019emploient \u00e0 faire participer tout le monde. \u00ab Allez-y mademoiselle, venez ! Mais avancez-vous, que l\u2019on vous voie bien ! \u00bb Puis, \u00e0 l\u2019adresse de la m\u00e8re : \u00ab Alors madame, comment vous la trouvez votre fille ? \u00bb Une femme r\u00e9pond \u00e0 sa place : \u00ab Oh, comme elle vous va bien ! \u00bb Une autre, tout aussi ext\u00e9rieure \u00e0 la famille, lance : \u00ab Ah moi, personnellement, je vous pr\u00e9f\u00e9rais dans l\u2019autre. Mais bon, \u00e7a, c\u2019est mon avis personnel. \u00bb La m\u00e8re enfin, h\u00e9sitante : \u00ab C\u2019est difficile \u00e0 dire. Je les aime toutes les deux. \u00bb La vendeuse entretient le jeu, cherchant l\u2019assentiment dans le public tout en livrant ses conseils d\u2019experte : \u00ab Avec ce mod\u00e8le, il faut des gants longs, et puis aussi le cerceau sous la robe pour le gonflant, sans oublier le diad\u00e8me. Pour les chaussures, il vous faudra du cr\u00e8me, vous verrez \u00e7a dans le rayon apr\u00e8s&#8230; Tenez-vous droite, je vous lace le bustier. \u00bb Dans cette mise en sc\u00e8ne, chacun semble jouer son r\u00f4le, la jeune fille dans le r\u00f4le de la future mari\u00e9e, la m\u00e8re dans celui de l\u2019admiratrice \u00e9motive, le p\u00e8re en spectateur inexp\u00e9riment\u00e9, l\u2019amie en accompagnatrice compr\u00e9hensive, la vendeuse en sp\u00e9cialiste autoritaire, le public en partenaire interactif. Ces jeunes filles n\u2019auront ni la m\u00eame robe, ni le m\u00eame mariage. Pourtant, ce qui compte dans l\u2019instant semble \u00eatre l\u2019\u00e9galit\u00e9 dans laquelle tout ce petit monde est plac\u00e9. D\u2019abord les jeunes filles, en tant que clientes, sont chez Tati \u00ab toutes trait\u00e9es \u00e0 la m\u00eame enseigne \u00bb comme aiment \u00e0 le r\u00e9p\u00e9ter les vendeuses, qui passent de l\u2019une \u00e0 l\u2019autre avec un \u00e9gal affairement. Ensuite, les parents font \u00e9galement l\u2019objet d\u2019un traitement similaire, \u00e9galitaire : tous mis dans la m\u00eame position d\u2019\u00e9quivalence face \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement incontournable que repr\u00e9sente l\u2019achat de la robe de leur fille. Enfin, les spectateurs, amis, \u00e9trangers et pourquoi pas badauds, constituant un groupe et, en tant que tel, b\u00e9n\u00e9ficiant aussi d\u2019un effacement relatif et ponctuel de leurs diff\u00e9rences individuelles. Dans l\u2019\u00e9v\u00e9nement que repr\u00e9sente l\u2019achat de la tenue de mariage, il y a donc une \u00e9galit\u00e9 de principe qui r\u00e9unit ces gens autour du salon d\u2019essayage, spectateurs du ballet des jeunes femmes en blanc. Non pas que les individus soient \u00e9gaux entre eux, mais bien plut\u00f4t que la situation marchande les place dans une situation \u00e9galitaire.<\/p>\n<p><strong>Tati-Or : de la consommation des diff\u00e9rences \u00e0 la consommation uniformis\u00e9e<\/strong><\/p>\n<p>Dans la boutique Tati-Or, ce fut au contraire, pendant longtemps, non pas l\u2019\u00e9galit\u00e9 des individus qui \u00e9tait affich\u00e9e mais leurs diff\u00e9rences. Inaugur\u00e9e en automne 1994, cette bijouterie est bien dans le style Tati : portes ouvertes, abondance de marchandises, sans oublier les prix : \u00ab Des bijoux en or 18 carats certifi\u00e9s par l\u2019\u00c9tat \u00e0 des prix Tati ! \u00bb proclame la publicit\u00e9. Plus de 1 500 r\u00e9f\u00e9rences d\u2019articles sont pr\u00e9sent\u00e9es, allant de 1,50 euro pour un c\u0153ur en or \u00e0 1 500 euros pour une cha\u00eene orn\u00e9e de pierres. Les prix d\u00e9fient la concurrence sur une diversit\u00e9 d\u2019articles : bagues, boucles d\u2019oreilles, colliers mais aussi pendentifs pour tous les styles, toutes les nationalit\u00e9s, toutes les croyances. Croix catholiques et protestantes, \u00e9toiles de David, sourates du Coran, mains de Fatima c\u00f4toyaient les croix de vie \u00e9gyptiennes ou encore les reproductions de cartes de la Guadeloupe ou d\u2019Afrique et les signes astrologiques. Dans cette exposition exhaustive des signes, les lettres de l\u2019alphabet, les repr\u00e9sentations de ballons de football, de ballerines de danseuse, de bouteilles de Coca-Cola et d\u2019animaux \u00e9taient en bonne place, sans oublier les porte-bonheur qui, des coccinelles aux fers \u00e0 cheval et aux tr\u00e8fles, en passant par les cornes d\u2019abondance et les d\u00e9s, se d\u00e9clinaient selon la forme et la taille de 5,90 euros \u00e0 30 euros. Mais surtout le c\u00e9l\u00e8bre pendentif en forme de c\u0153ur, l\u2019un des bijoux les plus vendus chez Tati-Or, a longtemps vol\u00e9 la vedette aux bagues en diamant et aux bracelets \u00ab trois-ors \u00bb. Quels qu\u2019en soient le prix et la qualit\u00e9, tous les bijoux \u00e9taient expos\u00e9s sous vitrine, bien en vue de la client\u00e8le, ici aussi tr\u00e8s vari\u00e9e. C\u2019\u00e9tait, semble-t-il, non pas l\u2019\u00e9galit\u00e9 des individus qui \u00e9tait mise en avant mais bien plut\u00f4t tout ce qui, en quelque sorte, pouvait \u00ab faire diff\u00e9rence \u00bb.<\/p>\n<p>Un march\u00e9 des diff\u00e9rences s\u2019instaurait dans la boutique. Les achats pouvaient \u00eatre marqu\u00e9s : chacun pouvait \u00eatre ou para\u00eetre diff\u00e9rent en achetant un bijou marquant son appartenance \u00e0 une religion, \u00e0 un pays ou \u00e0 une tradition, chacun pouvait aussi, dans le m\u00eame processus, construire une image de l\u2019autre en tant qu\u2019\u00e9tranger, en le voyant acheter une main de Fatima ou une croix de communiant. Pour autant, il s\u2019agissait d\u2019achat de marchandises expos\u00e9es de mani\u00e8re identique, mises en sc\u00e8ne dans leur \u00e9quivalence logique, comme si le statut de ces objets \u00e9tait bien d\u2019\u00eatre ins\u00e9parablement symbole (d\u2019une religion, d\u2019un signe astral&#8230;) et marchandise, \u00e0 ce titre vendu, marqu\u00e9 d\u2019un prix et d\u2019un descriptif sommaire. Comme dans la vitrine d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 multiculturelle, on pouvait, le temps de faire ses courses, \u00ab consommer \u00bb sa diff\u00e9rence et \u00eatre au spectacle de celle de l\u2019autre, chacun ayant sa place ici. Le traitement \u00e9quivalent de toutes les diff\u00e9rences, dans un espace commercial accessible \u00e0 tous et dans un quartier pluriethnique, semblait ouvrir un champ de possibles identitaires : la situation marchande permettait \u00e0 chacun d\u2019affirmer ou non une diff\u00e9rence, de ce point de vue-l\u00e0 \u00e9quivalente \u00e0 celle des autres. La diff\u00e9rence de tous engendrait de fait une situation \u00e9galitaire. Mais depuis 2002 la boutique Tati-Or a chang\u00e9 de dispositif commercial et se rapproche symboliquement de la boutique Tati-Mariage, dans sa capacit\u00e9 \u00e0 produire de l\u2019\u00e9galit\u00e9, non pas \u00e0 partir de la diff\u00e9rence de chacun, mais \u00e0 partir de la consommation d\u2019objets identiques pour tous. Les bijoux \u00ab marqueurs d\u2019identit\u00e9 \u00bb ont laiss\u00e9 la place \u00e0 de la joaillerie plus \u00ab classique \u00bb. Les vitrines de mains de Fatima comme celles de croix et d\u2019\u00e9toiles de David ne forment plus le paysage de la boutique, \u00e0 pr\u00e9sent dispos\u00e9e \u00e0 l\u2019image d\u2019une bijouterie traditionnelle o\u00f9 les cat\u00e9gories de m\u00e9taux et pierres pr\u00e9cieuses organisent l\u2019espace. Si les vitrines continuent d\u2019\u00eatre align\u00e9es les unes aux autres, leur contenu a chang\u00e9 : diamants au centre, \u00e9meraude, rubis, saphir autour. C\u2019est dans une seule et m\u00eame vitrine qu\u2019on retrouve les porte-bonheur, les signes astrologiques mais \u00e9galement les bijoux dits religieux. Mise en \u00e9quivalence avec les autres vitrines de cha\u00eenes en or, d\u2019anneaux de mariage, de pendentifs, elle pr\u00e9sente une cat\u00e9gorie de bijoux parmi d\u2019autres, pas plus \u00e0 part que celle des bijoux fantaisie dans n\u2019importe quelle bijouterie. Ici, les individus, d\u2019origines diff\u00e9rentes, sont donc cens\u00e9s consommer les m\u00eames objets, \u00e0 savoir des bijoux en or et pierres pr\u00e9cieuses ainsi que quelques rares pendentifs \u00ab identitaires \u00bb, r\u00e9duits au rang de fantaisie au milieu des bijoux v\u00e9ritables. Ainsi, m\u00eame et surtout \u00e0 partir des diff\u00e9rences de chacun, chez Tati, les gens consommeraient plus ou moins les m\u00eames choses, aux m\u00eames prix, dans un m\u00eame lieu. Comme chez Tati-Mariage, est mise en sc\u00e8ne chez Tati-Or une soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle une certaine \u00e9galit\u00e9 des individus est produite, circonscrite dans le temps et dans l\u2019espace de l\u2019\u00e9change marchand. Et cette \u00e9galit\u00e9 fictive est le r\u00e9sultat, non pas d\u2019une \u00e9galit\u00e9 des individus, mais du traitement \u00e9galitaire des objets, des signes et des identit\u00e9s, dans la situation marchande.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/paris-louxor.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/arton6174.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-5644\" src=\"https:\/\/paris-louxor.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/arton6174.jpg\" alt=\"\" width=\"640\" height=\"499\" srcset=\"https:\/\/paris-louxor.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/arton6174.jpg 640w, https:\/\/paris-louxor.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/arton6174-300x234.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/a><a href=\"https:\/\/paris-louxor.fr\/quartier-louxor\/neige-a-barbes-avec-jean-henri-roger\/\">Sc\u00e8ne du film <em><strong>Neige<\/strong><\/em> de Jean-Henri Roger et Juliet Berto<\/a> (1981)<\/p>\n<p><strong>Barb\u00e8s : un vaste Tati ?<\/strong><\/p>\n<p dir=\"ltr\">Qu\u2019en est-il de l\u2019espace urbain qui a vu na\u00eetre ces diff\u00e9rentes boutiques et qui accueille encore les probables derniers magasins Tati de Paris [6]\u00a0? Si Barb\u00e8s reste indissociablement li\u00e9 aux magasins Tati, c\u2019est sans doute parce que la greffe a, en quelque sorte, pris [7]\u00a0. Entre les ann\u00e9es cinquante et les ann\u00e9es quatre-vingt, les magasins Tati se sont \u00e9tendus, ouvrant des boutiques plus diversifi\u00e9es (voyages, lunettes, bijoux, jouets, robes de mari\u00e9e). Sur le boulevard les boutiques de discount et les bazars ont profit\u00e9 de l\u2019afflux de client\u00e8le. L\u2019essor de Tati dans un espace qui a toujours accueilli des populations immigr\u00e9es semble avoir permis l\u2019implantation de diff\u00e9rents types d\u2019entreprise commerciale. Apr\u00e8s les Belges, les Espagnols et les Italiens, des immigr\u00e9s maghr\u00e9bins ont ouvert des caf\u00e9s ou de petites \u00e9choppes, le plus souvent des \u00e9piceries dans lesquelles l\u2019alimentaire c\u00f4toyait les objets culturels [Raulin, 1986]. Des juifs d\u2019Afrique du Nord ont \u00e9galement cr\u00e9\u00e9 des boutiques (bijouteries, \u00e9tals de tissus). Ce lieu d\u2019achalandage a donc attir\u00e9 ce que l\u2019on appelle l\u2019entreprenariat ethnique [Ma Mung, 1996], favorisant une certaine sp\u00e9cialisation de Barb\u00e8s en zone de commerces exotiques et ethniques [Raulin, 2000], mais sans pour autant exclure le commerce plus g\u00e9n\u00e9raliste. Le boulevard Barb\u00e8s et ses alentours sont ainsi devenus un lieu d\u2019attraction pour une client\u00e8le populaire mais diversifi\u00e9e. Un quartier sur le mode Tati s\u2019est donc peu \u00e0 peu constitu\u00e9. J\u2019avais analys\u00e9 [Lallement, 1999] la dynamique relationnelle \u00e0 l\u2019\u0153uvre autour des bazars, des deux march\u00e9s alimentaires et des diverses boutiques qui composent cet univers urbain et j\u2019avais montr\u00e9 que la mise en sc\u00e8ne \u00e9galitaire jouait, l\u00e0 aussi, sur la rh\u00e9torique de la diff\u00e9rence.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Barb\u00e8s est un espace urbain sans r\u00e9elles fronti\u00e8res et dont chacun peut produire une d\u00e9finition diff\u00e9rente. S\u2019il n\u2019est pas \u00e0 proprement parler un quartier, avec ses d\u00e9limitations administratives, ses r\u00e9sidents et leur sentiment d\u2019appartenance locale, c\u2019est parce qu\u2019il est avant tout un espace commercial, accueillant chaque jour des commer\u00e7ants qui n\u2019habitent pas sur place et des clients qui viennent d\u2019un peu partout. Il appara\u00eet comme un regroupement plus ou moins dense de vendeurs, de consommateurs et de badauds, qui se d\u00e9ploie \u00e0 partir de la station de m\u00e9tro Barb\u00e8s-Rochechouart. Qui plus est, ce lieu correspond \u00e0 un type d\u2019activit\u00e9s commerciales. Si, sur le boulevard Barb\u00e8s, on voit un grand nombre de bazars et de soldeurs, cette forme commerciale tend \u00e0 dispara\u00eetre dans le quartier de la Goutte d\u2019Or [Messamah et Toubon, 1990], davantage r\u00e9sidentiel, fait de petites rues et de formes d\u2019habitat diversifi\u00e9es. Rue de la Goutte d\u2019Or, rue Myrha et rue des Poissonniers on trouve des petites boutiques sp\u00e9cialis\u00e9es : \u00e9piceries africaines (affichant chacune une origine pr\u00e9cise : C\u00f4te d\u2019Ivoire, Ghana, Mali, etc.), boutiques de tissus orientaux et africains, boucheries musulmanes, p\u00e2tisseries orientales, salons de coiffure et de beaut\u00e9 africains, formant ce que l\u2019on peut appeler une \u00ab centralit\u00e9 africaine \u00bb [Bouly de Lesdain, 1999]. Cette \u00ab ethnicit\u00e9 \u00bb n\u2019est pas aussi visible \u00e0 Barb\u00e8s, comme si deux r\u00e9alit\u00e9s urbaines diff\u00e9rentes mais toutes deux fond\u00e9es sur le commerce coexistaient \u00e0 quelques pas l\u2019une de l\u2019autre. \u00c0 Barb\u00e8s, les enseignes des boutiques ne renseignent que rarement sur l\u2019origine et aucune v\u00e9ritable sp\u00e9cialisation ethnique n\u2019est affich\u00e9e en tant que telle. Des tapis de pri\u00e8re c\u00f4toient des services \u00e0 vaisselle Cristal d\u2019Arques, le patron juif d\u2019un bazar a souvent un employ\u00e9 maghr\u00e9bin \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s et le propri\u00e9taire de la poissonnerie du march\u00e9 Dejean ne peut se passer ni de son vendeur s\u00e9n\u00e9galais ni de son vendeur breton. Entre les magasins Tati, le march\u00e9 Dejean, le march\u00e9 aux tissus et les bazars des boulevards Barb\u00e8s et Rochechouart, une logique d\u2019ensemble semble se dessiner. En analysant les espaces micro-sociaux qui font Barb\u00e8s (des \u00e9tals de march\u00e9, des bazars&#8230;), il appara\u00eet que l\u2019\u00e9change marchand, en ce qu\u2019il pose les partenaires dans une \u00e9galit\u00e9 fictive et formelle, ouvre un champ de relations o\u00f9 les signes distinctifs et notamment ethniques sont manipul\u00e9s de mani\u00e8re \u00e0 devenir le lot commun \u00e0 tous. Parce qu\u2019il s\u2019agit d\u2019\u00e9change marchand dans un lieu particulier o\u00f9 tout le monde vient d\u2019ailleurs, chacun semble avoir sa place.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Au march\u00e9 Dejean, \u00e0 la sortie du m\u00e9tro Ch\u00e2teau Rouge, les bouchers pr\u00e9sentent, dans de larges vitrines r\u00e9frig\u00e9r\u00e9es, des pyramides de cuisses de ch\u00e8vres et des ailes de poulet en vrac. Les poissonniers disposent quelques filets de merlan \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des poissons du S\u00e9n\u00e9gal, souvent congel\u00e9s, et vendus tels quels. Les stands de fruits et l\u00e9gumes, quant \u00e0 eux, font rivaliser les patates douces et les piments avec les pommes de terre charlotte et les artichauts de Bretagne. Le temps du march\u00e9, lors des diff\u00e9rentes op\u00e9rations d\u2019\u00e9change, vendeurs et clients jouent des r\u00f4les, souvent caricaturaux, qui reprennent les caract\u00e9ristiques, notamment ethniques, des uns et des autres. Parce qu\u2019on se trouve \u00e0 Barb\u00e8s, dans cet espace offrant des marchandises venues des quatre coins du monde, c\u2019est le jeu autour de la diff\u00e9rence qui appara\u00eet comme la carte \u00e0 jouer. Parce que tout le monde peut se dire d\u2019ailleurs et revendiquer, dans le m\u00eame temps, une identit\u00e9 ethnique particuli\u00e8re, le pion sur lequel chacun semble miser dans les relations est bel et bien l\u2019identit\u00e9. Le poissonnier, qui se dit \u00ab v\u00e9ritable Breton \u00bb, sert une cliente d\u2019origine africaine en lui lan\u00e7ant \u00ab Les Africaines, toutes pareilles, elles arrivent avec dix balles et elles voudraient repartir avec toute la came \u00bb, ce \u00e0 quoi il s\u2019entend r\u00e9torquer \u00ab Ch\u00e9ri, pour les dix balles, tu penseras \u00e0 me le vider le poisson \u00bb. Chez le vendeur de fruits et l\u00e9gumes, Faouzi aime cat\u00e9goriser ses clientes selon une anthropologie qui lui est propre : \u00ab Les Maghr\u00e9bines dures en affaires \u00bb, \u00ab Les Fran\u00e7aises pinailleuses \u00bb, \u00ab Les Africaines voleuses \u00bb, \u00ab Les vieilles impatientes \u00bb. Quant au Ed de la rue, le vigile de l\u2019entr\u00e9e y produit \u00e9galement ses propres classifications : \u00ab doudou \u00bb pour les Africaines, \u00ab cousine \u00bb pour les Maghr\u00e9bines, \u00ab mamie \u00bb pour les personnes \u00e2g\u00e9es. Au march\u00e9 Dejean, la diff\u00e9rence ethnique, mise en avant, souvent soulign\u00e9e comme simple \u00e9l\u00e9ment du r\u00e9pertoire communicationnel, est \u00e9voqu\u00e9e au m\u00eame titre que d\u2019autres types de diff\u00e9rences, de sexe ou d\u2019\u00e2ge. Elle semble ainsi perdre, dans les circonstances pr\u00e9cises et \u00e9ph\u00e9m\u00e8res du march\u00e9, le caract\u00e8re discriminatoire qu\u2019elle peut avoir dans d\u2019autres situations sociales. Elle est au contraire une pi\u00e8ce centrale pour b\u00e2tir une sociabilit\u00e9 de march\u00e9, espace de fictive \u00e9galit\u00e9.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Les bazars du boulevard Barb\u00e8s, eux, exposent dans leurs bacs sortis sur le trottoir une abondance de marchandises h\u00e9t\u00e9roclites, valises, tapis de salon, accessoires de beaut\u00e9, ustensiles de cuisine, v\u00eatements sold\u00e9s, gadgets made in Ta\u00efwan. Ils font se c\u00f4toyer des produits culturellement marqu\u00e9s comme des gants et du savon pour le hammam et des marchandises internationales, \u00e0 l\u2019image des chaussettes en lots vendues \u00e0 l\u2019identique dans le monde entier. Autour de ces commerces se met en place non pas une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 proprement parler mais plut\u00f4t un \u00ab effet de soci\u00e9t\u00e9 \u00bb [8]\u00a0[Bazin, 1996]. Les diff\u00e9rences sont surexpos\u00e9es dans l\u2019espace public par la logique de l\u2019accumulation. Elles sont d\u00e9tourn\u00e9es en tant que marchandises, vendues \u00e0 des prix sacrifi\u00e9s qui ne font pas la diff\u00e9rence entre ce qui est \u00e0 caract\u00e8re religieux ou culturel et les gadgets (le service \u00e0 th\u00e9 oriental \u00e0 2 euros, le briquet \u00e0 1, la pierre d\u2019alun \u00e0 0,50, la grande couscoussi\u00e8re \u00e0 30, le service \u00e0 vaisselle Arcoroc \u00e0 20, etc.). Les diff\u00e9rences arrivent ainsi \u00e0 se saturer, formant un espace commun de consommation o\u00f9, pour pas cher, ce qui est exotique pour l\u2019un, et ordinaire pour un autre, est soumis au m\u00eame statut, celui de marchandise \u00e0 \u00e9changer. Finalement, les diff\u00e9rences deviennent l\u2019objet de consommation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. C\u2019est ainsi que l\u2019on peut voir Barb\u00e8s : le rassemblement d\u2019individus qui se donnent \u00e0 eux-m\u00eames le spectacle de leur propre diversit\u00e9. Comme si le spectacle de la diversit\u00e9 des cultures garantissait, non pas une \u00e9galit\u00e9 r\u00e9elle des gens, mais la production d\u2019une forme d\u2019\u00e9galit\u00e9, certes minimale, mais n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement de relations marchandes. Les travaux de Sophie Bouly de Lesdain sur le quartier de Ch\u00e2teau-Rouge mettent en \u00e9vidence une centralit\u00e9 africaine fonctionnant \u00e9galement sur une dynamique marchande qui s\u2019\u00e9tablit \u00e0 partir des r\u00e9seaux africains. On voit donc que les mondes marchands produisent chaque fois des \u00ab effets de soci\u00e9t\u00e9 \u00bb diff\u00e9rents, mais jouant tous, d\u2019une certaine fa\u00e7on, sur l\u2019\u00e9galisation ou plut\u00f4t la mise en \u00e9quivalence des partenaires, comme l\u2019a montr\u00e9 Mich\u00e8le de La Pradelle [1996] \u00e0 propos des diff\u00e9rents march\u00e9s de Carpentras. \u00c0 Barb\u00e8s, on aurait une \u00e9galisation produite \u00e0 partir de diff\u00e9rences multiples, tandis qu\u2019\u00e0 Ch\u00e2teau-Rouge, elle se construirait \u00e0 partir d\u2019une origine unique africaine.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Barb\u00e8s serait ainsi un vaste Tati dans lequel, parce que chacun y trouve son identit\u00e9, chacun accepte d\u2019\u00eatre trait\u00e9 de fa\u00e7on \u00e9quivalente ; mais \u00e9galement, parce que chacun y est trait\u00e9 de la m\u00eame mani\u00e8re, chacun peut y affirmer une identit\u00e9. Cette fa\u00e7on d\u2019\u00eatre ensemble dans la ville, cr\u00e9\u00e9e \u00e0 partir de la logique commerciale, met en sc\u00e8ne une ville \u00e0 la fois multiculturelle et marchande, les deux dimensions \u00e9tant ici interd\u00e9pendantes. Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019exp\u00e9rience citadine, v\u00e9cue comme cosmopolite parce que marchande, nous voici au c\u0153ur d\u2019une des modalit\u00e9s de production de l\u2019urbain aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p><strong>Emmanuelle Lallement<\/strong>, \u00ab Tati et Barb\u00e8s : Diff\u00e9rence et \u00e9galit\u00e9 \u00e0 tous les \u00e9tages \u00bb, Ethnologie fran\u00e7aise 2005\/1 (Vol. 35), p. 37-46. DOI 10.3917\/ethn.051.0037<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Avec l\u2019aimable autorisation de l\u2019auteure.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">\n<p dir=\"ltr\">Avant Tati, le <a href=\"https:\/\/paris-louxor.fr\/quartier-louxor\/barbes-cafes-avant-tati-le-dupont-barbes-22\/\"><strong>Dupont-Barb\u00e8s<\/strong><\/a>.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">________<\/p>\n<p dir=\"ltr\">1. Une premi\u00e8re enqu\u00eate de terrain a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e entre 1995 et 1998. Une deuxi\u00e8me s\u00e9rie d\u2019observations et d\u2019entretiens a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e en 2002.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">2. Sources : AFRESCO : Association fran- \u00e7aise de recherches et d\u2019\u00e9tudes statistiques commerciales, \u00c9tude, no 56, juin 1962 ; ainsi que les annuaires commerciaux de 1962 \u00e0 1968, Archives de la Ville de Paris.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">3. Fabien Ouaki reprenant les propos de son p\u00e8re.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">4. \u00ab 50 \u00d7 50 \u00bb, catalogue de l\u2019exposition photographique organis\u00e9e en mai 1998 au mus\u00e9e des Arts d\u00e9coratifs de Paris, \u00e0 l\u2019occasion du cinquanti\u00e8me anniversaire de l\u2019enseigne, qui retrace l\u2019histoire de ce \u00ab g\u00e9nial inventeur du discount tomb\u00e9 amoureux d\u2019une jeune ouvri\u00e8re hongroise avec laquelle il b\u00e2tira l\u2019empire Tati \u00bb (\u00e9d. Steidl).<\/p>\n<p dir=\"ltr\">5. Il serait possible, dans une perspective d\u2019histoire sociale, de montrer en quoi l\u2019origine juive tunisienne de cette famille a son importance dans l\u2019implantation de ce type de commerce dans ce type de contexte urbain : ma\u00eetrise de la langue fran\u00e7aise et position d\u2019interm\u00e9diaire dans le contexte migratoire de l\u2019\u00e9poque mais aussi mobilisation de liens familiaux et communautaires.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">6. L\u2019entreprise Tati conna\u00eet actuellement une grave crise : \u00e0 la baisse de son activit\u00e9 commerciale s\u2019ajoutent les ennuis judiciaires du patron Fabien Ouaki, que la presse ne manque jamais de relater comme pour continuer \u00e0 faire de l\u2019histoire de cette famille et de cette entreprise une \u00ab saga \u00bb. Cf. \u00ab Tati ne voit plus la vie en rose \u00bb, Journal du dimanche, 22\/09\/02 ; Lib\u00e9- ration, 26\/11\/2003 : \u00ab Ouaki a tent\u00e9 hier de rassurer des salari\u00e9s d\u00e9laiss\u00e9s depuis l\u2019annonce du d\u00e9p\u00f4t de bilan. \u00bb<\/p>\n<p dir=\"ltr\">7. Mich\u00e8le de La Pradelle expliquait, au sujet du march\u00e9 de Carpentras, comment l\u2019identit\u00e9 locale de la ville \u00e9tait produite par l\u2019\u00e9v\u00e9nement que constituait le march\u00e9, mais elle notait que la question n\u2019\u00e9tait pas de savoir si le march\u00e9 \u00e9tait traditionnel ou pas, \u00ab car la question n\u2019est pas de savoir s\u2019il y a perp\u00e9tuation d\u2019une coutume ou implantation ex nihilo, mais si la greffe prend et pourquoi \u00bb [La Pradelle, 1996 : 359].<\/p>\n<p dir=\"ltr\">8. Un effet de soci\u00e9t\u00e9 serait une situation qui n\u2019est pas institu\u00e9e mais r\u00e9gie par un jeu social particulier.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alors que les salari\u00e9s de Tati se mobilisent pour sauvegarder leurs emplois suite \u00e0 la mise en redressement judiciaire de la marque, nous publions un texte de l&rsquo;anthropologue Emmanuelle Lallement sur les liens entretenus entre l&#8217;embl\u00e9matique enseigne de Barb\u00e8s et son quartier. <\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":5635,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[13,10],"tags":[38,42,54,74,131,224,247],"class_list":["post-5621","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chroniques-de-quartier","category-quartier-louxor","tag-barbes","tag-barbes-rochechouart","tag-cafe","tag-commerce","tag-goutte-dor","tag-quartier","tag-tati"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v26.8 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>TATI. 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